{"id":51,"date":"2007-09-26T15:24:00","date_gmt":"2007-09-26T15:24:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gogo.fr\/nous\/2007\/09\/26\/2007-09-26-non-la-france-nest-pas-en-declin-par-jerome-guillet-in-le-monde-du-11-septembre\/"},"modified":"2007-09-26T15:24:00","modified_gmt":"2007-09-26T15:24:00","slug":"2007-09-26-non-la-france-nest-pas-en-declin-par-jerome-guillet-in-le-monde-du-11-septembre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.gogo.fr\/nous\/2007\/09\/26\/2007-09-26-non-la-france-nest-pas-en-declin-par-jerome-guillet-in-le-monde-du-11-septembre\/","title":{"rendered":"Non, la France n&rsquo;est pas en d\u00e9clin."},"content":{"rendered":"<p>Je me permets de copier\/coller un point de vue lu dans Le Monde dat\u00e9 du 11 septembre dernier. Pas grand chose \u00e0 rajouter aux propos de J\u00e9r\u00f4me Guillet, sinon qu&rsquo;on croira celui que l&rsquo;on voudra.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><q>A l&rsquo;image des propos annon\u00e7ant la constitution de la commission Attali, il est bien difficile aujourd&rsquo;hui de trouver, dans les m\u00e9dias tant nationaux qu&rsquo;internationaux, un commentaire sur l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise o\u00f9 manquent les mentions obligatoires de son d\u00e9clin, de la faiblesse de la croissance, ou de la persistance d&rsquo;un ch\u00f4mage de masse. De tous c\u00f4t\u00e9s, les \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb sont pr\u00e9sent\u00e9es comme une urgente n\u00e9cessit\u00e9.<\/q><\/p>\n<p><q>Ce mot \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb est devenu un nom de code plus ou moins explicite pour un programme \u00e0 sens unique&nbsp;: lib\u00e9ralisation d&rsquo;un march\u00e9 du travail consid\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0trop rigide\u00a0\u00bb, via l&rsquo;assouplissement du code du travail&nbsp;; baisse des charges sur les entreprises&nbsp;; all\u00e9gement du contr\u00f4le de l&rsquo;Etat, et, naturellement, baisse des imp\u00f4ts. Des travailleurs plus flexibles et moins chers seraient plus facilement embauch\u00e9s, ce qui am\u00e9liorerait la comp\u00e9titivit\u00e9 des entreprises et leurs profits, sur le mod\u00e8le anglais ou am\u00e9ricain. Et, \u00e9videmment, les 35 heures tant d\u00e9cri\u00e9es, cette \u00ab\u00a0aberration \u00e9conomique\u00a0\u00bb, doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9es afin de remettre la France au travail.<\/q><\/p>\n<p><q>Le probl\u00e8me est que ce programme, qui sert bien les int\u00e9r\u00eats des actionnaires et des dirigeants d&rsquo;entreprise, se fonde sur une description extr\u00eamement partielle et partiale de la r\u00e9alit\u00e9.<\/q><\/p>\n<p><q>Le leitmotiv du d\u00e9clin prend g\u00e9n\u00e9ralement appui sur la croissance plus faible de la France et sur la baisse relative de son PIB par habitant, compar\u00e9 \u00e0 ceux de pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Or cette description tronqu\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 ne tient pas compte de la distribution des richesses et de l&rsquo;augmentation extraordinaire de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 dans ces \u00e9conomies cens\u00e9es servir de mod\u00e8les. En fait, toute la richesse cr\u00e9\u00e9e dans ces pays a \u00e9t\u00e9 capt\u00e9e par une tranche \u00e9troite de la population.<\/q><\/p>\n<p><q>Les revenus m\u00e9dians sont stagnants, alors que les revenus des 0,1 % les plus riches de la population augmentent en fl\u00e8che, au point d&rsquo;\u00eatre pass\u00e9s de 2 \u00e0 7 % des revenus totaux en moins de vingt ans aux Etats-Unis, selon les chiffres de la retentissante \u00e9tude de Piketty et Saez. Ces 5 % suppl\u00e9mentaires capt\u00e9s par les plus riches sont \u00e9quivalents \u00e0 l&rsquo;appauvrissement relatif des Fran\u00e7ais (dont le PIB par t\u00eate est pass\u00e9 de 78 % \u00e0 72 % de celui des Am\u00e9ricains sur la p\u00e9riode, en moyenne), ce qui veut dire que la croissance \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 identique en France pour les 99,9 % les moins riches de la population&#8230;<\/q><\/p>\n<p><q>L&rsquo;accroissement des in\u00e9galit\u00e9s se constate \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;autre bout de l&rsquo;\u00e9chelle des revenus, o\u00f9 l&rsquo;on note un taux de pauvret\u00e9 infantile de 7 % en France, de 16 % au Royaume-Uni (le double de celui en 1979) et de 20 % aux Etats-Unis (sans oublier les 15 % d&rsquo;Am\u00e9ricains qui n&rsquo;ont aucune couverture maladie).<\/q><\/p>\n<p><q>Il est compr\u00e9hensible de d\u00e9fendre la libert\u00e9 d&rsquo;entreprendre et de b\u00e9n\u00e9ficier des fruits de leur travail pour les membres les plus dynamiques de la soci\u00e9t\u00e9. Mais cette libert\u00e9 accord\u00e9e sans contreparties s&rsquo;accompagne in\u00e9vitablement de fractures sociales bien plus marqu\u00e9es qu&rsquo;en France. Le choix d&rsquo;un niveau \u00e9lev\u00e9 de solidarit\u00e9 et de redistribution mod\u00e8re les revenus des plus riches, soit, mais pas ceux des autres, ce qui est moins souvent \u00e9voqu\u00e9. Des \u00e9tudes comme celles de la banque UBS d\u00e9montrent qu&rsquo;un Fran\u00e7ais de revenu modeste ou membre des classes moyennes ou m\u00eame ais\u00e9es profite plus de la croissance mod\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise que son cousin am\u00e9ricain profite du dynamisme de son pays.<\/q><\/p>\n<p><q>Il semblerait donc que, sur le plan des revenus, les tr\u00e8s riches forment le seul groupe qui b\u00e9n\u00e9ficie des \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb. Mais cette conclusion ne fait-elle pas bon march\u00e9 du ch\u00f4mage dont souffre la France ?<\/q><\/p>\n<p><q>Tout d\u00e9pend de ce qu&rsquo;on mesure. Ainsi, parmi les hommes de 25 \u00e0 54 ans, 87,6 % avaient un emploi en 2004 en France et 87,3 % aux Etats-Unis, selon les chiffres de l&rsquo;OCDE. Et pourtant, le taux de ch\u00f4mage pour cette cat\u00e9gorie \u00e9tait alors de 7,4 % en France et de 4,4 % aux Etats-Unis. La ligne s\u00e9parant ch\u00f4mage d&rsquo;inactivit\u00e9 n&rsquo;est visiblement pas mise au m\u00eame endroit dans chaque pays&#8230;<\/q><\/p>\n<p><q>De m\u00eame, le ch\u00f4mage des jeunes touche 8,4 % des 15-24 ans en France, contre 5,5 % au Danemark, 7,6 % aux Etats-Unis et 7,5 % au Royaume-Uni, donc pas de quoi crier \u00e0 la faillite du mod\u00e8le. Certes, le taux de ch\u00f4mage est nettement plus \u00e9lev\u00e9, mais cela refl\u00e8te essentiellement le fait que la population active est plus \u00e9troite dans cette classe d&rsquo;\u00e2ge en France, notamment parce que moins de jeunes trouvent n\u00e9cessaire d&rsquo;occuper un emploi tout en poursuivant leurs \u00e9tudes.<\/q><\/p>\n<p><q>Nouvel argument&nbsp;: les Fran\u00e7ais travaillent moins, nous dit-on. Ce n&rsquo;est pas vrai. Les travailleurs fran\u00e7ais effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne, contre 35,6 heures au Royaume-Uni. Les employ\u00e9s \u00e0 temps-plein travaillent effectivement moins longtemps en France (40,9 heures, contre 43,2 heures en 2005), mais le nombre \u00e9lev\u00e9 d&#8217;emplois \u00e0 temps partiel baisse la moyenne britannique&nbsp;; le nombre d&rsquo;heures totales travaill\u00e9es dans les deux pays est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalent, pour des populations similaires. Dire que les Fran\u00e7ais travaillent moins est donc tout simplement faux.<\/q><\/p>\n<p><q>Par ailleurs, la France a cr\u00e9\u00e9 autant d&#8217;emplois que le Royaume-Uni au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es&nbsp;: 2,5 millions. La seule diff\u00e9rence est que, au Royaume-Uni, la cr\u00e9ation de postes a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8re, alors qu&rsquo;en France, la quasi-totalit\u00e9 de ces emplois a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e entre 1997 et 2002, c&rsquo;est-\u00e0-dire pr\u00e9cis\u00e9ment au moment de la mise en place des 35 heures et alors que la croissance mondiale a \u00e9t\u00e9 plus forte durant les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/q><\/p>\n<p><q>Plus remarquable encore, la France a cr\u00e9\u00e9 plus d&#8217;emplois dans le secteur priv\u00e9 (+ 10 % entre 1996 et 2002, selon l&rsquo;OCDE) que le Royaume-Uni (+ 6 %) ou les Etats-Unis (+ 5 %). En fait, le Royaume-Uni n&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 quasiment aucun emploi net dans le secteur priv\u00e9 depuis pr\u00e8s de cinq ans, mais a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;augmentation tr\u00e8s forte des emplois dans le secteur public.<\/q><\/p>\n<p><q>Cela refl\u00e8te le fait que les croissances anglaise et am\u00e9ricaine reposent tr\u00e8s largement sur l&rsquo;augmentation de la d\u00e9pense publique, qui a litt\u00e9ralement explos\u00e9 sous Blair et Bush, passant de 38 % \u00e0 45 % du PIB au Royaume-Uni et de 34 % \u00e0 37 % aux Etats-Unis entre 2000 et 2006. Dans le cas britannique, cette relance keyn\u00e9sienne (centr\u00e9e sur les secteurs de l&rsquo;\u00e9ducation et de la sant\u00e9) s&rsquo;est faite gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;augmentation des imp\u00f4ts et \u00e0 la cagnotte du p\u00e9trole de la mer du Nord, tandis que l&rsquo;administration Bush a proc\u00e9d\u00e9 (pour payer sa guerre en Irak) \u00e0 une augmentation sans pr\u00e9c\u00e9dent de la dette publique comme de la dette priv\u00e9e, la plupart des m\u00e9nages se voyant oblig\u00e9s d&#8217;emprunter pour compenser la stagnation de leurs revenus. Mais dans ce cas-l\u00e0, semble-t-il, il s&rsquo;agit de \u00ab\u00a0dynamisme\u00a0\u00bb. Il para\u00eet cependant l\u00e9gitime de se demander quelle partie du mod\u00e8le anglo-saxon nous sommes convi\u00e9s \u00e0 copier&#8230;<\/q><\/p>\n<p><q>Evidemment, il ne s&rsquo;agit pas de dire que tout va bien en France, ni qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 changer. Mais le mot \u00ab\u00a0r\u00e9forme\u00a0\u00bb est maintenant porteur d&rsquo;un tel agenda id\u00e9ologique qu&rsquo;on aurait sans doute tout \u00e0 gagner \u00e0 l&rsquo;exclure de tout discours qui se voudrait sinc\u00e8re. A moins, bien entendu, que nous soyons tous d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;accord sur l&rsquo;objectif&nbsp;: faire baisser les revenus des travailleurs les plus modestes afin de r\u00e9duire le fardeau qui p\u00e8se sur les quelques happy few en haut de l&rsquo;\u00e9chelle des revenus.<\/q><\/p>\n<p><q>Il est tentant de se demander si le feu roulant qui tend \u00e0 d\u00e9pr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise provient de ceux qui ne supportent pas l&rsquo;existence d&rsquo;un mod\u00e8le social diff\u00e9rent. S&rsquo;il est possible d&rsquo;assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 de presque tous en d\u00e9courageant la concentration de la richesse entre quelques mains, cela \u00e9limine le principal argument des partisans du capitalisme d\u00e9brid\u00e9.<\/q><\/p>\n<p><q>Comme l&rsquo;a dit le milliardaire Warren Buffett, les riches aux Etats-Unis m\u00e8nent &#8211; et gagnent &#8211; la lutte des classes. Il serait temps de noter qu&rsquo;ils n&rsquo;agissent pas dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous, mais uniquement dans le leur.<\/q><\/p>\n<p>J\u00e9r\u00f4me Guillet est polytechnicien et banquier. (cf <a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/web\/imprimer_element\/0,40-0@2-3232,50-953362,0.html\" hreflang=\"fr\">l&rsquo;article du Monde<\/a>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me permets de copier\/coller un point de vue lu dans Le Monde dat\u00e9 du 11 septembre dernier. 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